SCRIPT 2:

allaitement long

allaitement long

Historiquement, le discours médical sur l'allaitement maternel est passé par plusieurs phases.

Jusqu'au début du XX° siècle, le nombre d'enfants non allaités était très faible. Lorsque la mère ne pouvait pas (notamment en cas de décès) ou ne voulait pas (essentiellement les femmes des classes supérieures) allaiter, l'enfant était généralement confié à une nourrice. Les médecins ne pouvaient que constater qu'en dépit de la légende de Romulus et Remus, les rares essais de nourrir les bébés autrement qu'avec du lait de femme (on essaya le lait de nombreux mammifères, ainsi que des bouillies variées) se soldaient pratiquement toujours par un échec, c'est-à-dire par la mort de l'enfant.

Aussi leur discours se cantonnait-il à vanter la supériorité de l'allaitement maternel, déconseiller l'introduction trop précoce des solides, et donner des instructions - en général très détaillées - sur le choix d'une "bonne nourrice". En effet, dans la mesure où l'on croyait que la nourrice pouvait transmettre ses qualités comme ses défauts par l'intermédiaire de son lait, il importait de s'assurer de sa bonne santé physique et psychique, et de sa moralité...

Au XIX° siècle, la révolution industrielle en Europe entraîne de profonds bouleversements socio-économiques (exode rural, appauvrissement, rupture des liens familiaux traditionnels, conditions de vie déplorables des ouvrières d'usine) qui se traduisent notamment par une augmentation dramatique des abandons d'enfants. Les orphelinats sont toujours pleins, et la mortalité y est effrayante. La fin du siècle voit donc une forte offensive médicale en faveur de l'allaitement maternel, doublée d'une culpabilisation appuyée de la "mauvaise mère" qui n'allaite pas.

XX° siècle : changement radical de décor. La pasteurisation du lait et les progrès indéniables accomplis dans la mise au point de substituts du lait maternel, entraînent un revirement du discours médical. Désormais, dans une époque obsédée par les chiffres et les mesures, le biberon a toutes les vertus, car il permet de doser exactement les quantités absorbées par l'enfant et bénéficie d'une "qualité constante" puisque - sauf erreurs lors de la fabrication ou de la manipulation -, la composition du lait en poudre est toujours la même ; alors que le lait maternel ne cesse de varier en volume et en composition, et est donc considéré comme peu fiable. Donner le biberon, c'est bien plus simple et bien plus sûr, et nombreux sont alors les médecins pour déconseiller carrément l'allaitement maternel.

Cette tendance a vu son apogée dans les années 50, avant de s'inverser à nouveau depuis une vingtaine d'années. Depuis les années 70 en effet, la recherche médicale a fait de très grands progrès. On a vu se multiplier études bio-chimiques sur la composition du lait maternel et sur les effets (in vivo et in vitro) de tel ou tel de ses composants, études épidémiologiques (rétrospectives et de suivi), études cliniques, etc. La recherche en matière d'allaitement a également bénéficié des recherches et découvertes en matière d'immunologie, hormonologie, étude des maladies infectieuses, étude des mécanismes de l'allergie, etc.

Au total, on se trouve actuellement à la tête d'une masse impressionnante de connaissances sur les bienfaits de l'allaitement maternel, dont nous allons essayer ici de faire le point, tout en sachant que ce bilan est sûrement incomplet et sera bien vite dépassé, car chaque jour ou presque apporte une nouvelle découverte.

Mais avant de commencer le catalogue des bienfaits de l'allaitement, il convient de faire quelques remarques à propos des études qui vont être citées.

Sur certains sujets (par exemple la prévention des maladies diarrhéïques), les études sont nombreuses et concordantes. Sur d'autres (par exemple le nombre moins grand d'appendicites en cas d'allaitement), l'étude est très récente et pour le moment unique. D'autres études seront nécessaires pour confirmer ses résultats. Il y a enfin des sujets (je pense notamment à la prévention des allergies) où l'on trouve à la fois des études disant que oui, l'allaitement a un rôle prophylactique, et des études disant que l'allaitement ne fait aucune différence.
C'est là que l'examen critique de l'étude a une importance cruciale, en particulièrement le fait de savoir quelle définition de l'allaitement a été choisie. En effet, les résultats peuvent être bien différents selon qu'on considère comme "allaités" tous les bébés ayant reçu du lait maternel, quelle qu'en soit la quantité, ou seulement ceux ayant bénéficié d'un allaitement exclusif. De même, il s'avère que pour certaines maladies, l'allaitement ne semble avoir un rôle préventif que s'il a duré un certain temps. Cela explique que certaines études puissent conclure au non-intérêt de l'allaitement après avoir comparé une population de bébés allaités un mois avec une population de bébés nourris au biberon.

Les avantages à court terme :
- les maladies diarrhéïques
- les affections respiratoires basses auguës
- la sphère ORL
- le reflux gastro-oesophagien (RGO
- les infections urinaires
- la mort subite du nourrisson
- le VIH

Ce sont sûrement les mieux connus du corps médical et du grand public ("le lait maternel, c'est bon à cause des anticorps") et les mieux documentés. Les études les concernant sont très nombreuses, et aboutissent toutes à la même conclusion : la mortalité et la morbidité sont bien moindres chez les bébés allaités. Ces derniers risquent 10 fois moins d'être hospitalisés pour une quelconque infection bactérienne sévère, et 4 fois moins de présenter une bactériémie ou une méningite. La différence est particulièrement dramatique dans les pays pauvres où les maladies infectieuses sont responsables de l'immense majorité des morts infantiles.

Les maladies diarrhéïques
Toutes les études montrent que les enfants nourris exclusivement au sein ont beaucoup moins de risque d'avoir des maladies diarrhéïques que les autres. L'une d'elles montre que dans les pays développés, les enfants allaités ont un taux de maladie diarrhéïque trois fois moins élevé, et un taux de gastro-entérite sévère à rotavirus cinq fois moins élevé. Même dans nos pays, l'allaitement maternel reste le meilleur moyen de prévention envers l'entérocolite ulcéronécrosante des prématurés. Cette maladie est 20 fois moins fréquente chez les bébés allaités.

Cette protection s'explique par l'effet combiné de deux facteurs : exposition moindre aux agents infectieux et propriétés protectrices du lait maternel.

Ces facteurs de protection sont multiples (lactoferrine, facteur bifidus, enzymes, immunoglobulines...). Nous ne parlerons ici que des IgA, qui recouvrent la muqueuse intestinale "comme du badigeon" et la rendent imperméable aux germes pathogènes. On estime qu'un enfant entièrement nourri au sein reçoit en moyenne 0,5 g/kg de poids corporel d'IgA secrétoires par jour, soit environ 50 fois la dose de globuline administrée à un malade hypoglobulinémique!.

De plus, il est désormais évident qu'il existe un cycle broncho-mammaire et entéro-mammaire qui permet la production d'anticorps spécifiques chaque fois qu'un germe pathogène pénètre dans l'organisme maternel, anticorps qui se retrouvent dans le lait que le nourrisson reçoit. Ceci est bien sûr valable pour toute sorte de bactéries et de virus, et pas seulement pour ceux responsables des maladies diarrhéïques. Et il est donc particulièrement mal venu de dire à une mère atteinte de grippe ou de gastro-entérite qu'il faut qu'elle sèvre son bébé, car c'est justement en continuant à l'allaiter qu'elle peut le mieux le protéger. Il est d'ailleurs fréquent de constater que dans une famille dont tous les membres souffrent les uns après les autres de gastro-entérite, seul le bébé allaité y échappe.

Les affections respiratoires basses aiguës
Les infections respiratoires sont elles aussi beaucoup moins fréquentes chez les enfants allaités. La protection apportée par le lait maternel est particulièrement évidente vis-à-vis des maladies pulmonaires sévères. Le virus respiratoire syncytial est la pathologie sévère la plus souvent rencontrée (il est cause de bronchiolites), et il est démontré que l'allaitement apporte une protection efficace envers ce virus.

Une étude portant sur une très large population d'enfants américains a montré qu'en ce qui concerne les enfants âgés de 1 à 2 ans, l'allaitement protège contre la pneumonie et que l'introduction précoce des aliments solides augmente la probabilité de contracter une pneumonie.

La sphère ORL
Tous les parents savent à quel point les rhinites, pharyngites, laryngites et otites peuvent être nombreuses, répétitives, douloureuses et handicapantes chez les tout-petits.

Les études ont été particulièrement nombreuses sur la protection apportée par l'allaitement vis-à-vis de l'otite moyenne. C'est ainsi que plus de 1000 enfants de Tucson (Arizona) ont été régulièrement suivis pendant leur première année. A tous les âges, la fréquence des otites diminuait significativement et parallèlement à l'augmentation de l'incidence et à la durée de l'allaitement. Les enfants exclusivement allaités à 4 mois avaient un taux deux fois plus bas d'otites que les enfants non allaités, et de 40% plus bas que les enfants qui avaient commencé à recevoir des compléments avant 4 mois.

D'autres études ont trouvé que les otites seraient trois fois moins fréquentes chez les enfants allaités.

Il existe diverses explications possibles à cet effet protecteur. Ici aussi, les anticorps du lait maternel jouent certainement un rôle, ainsi que sa composition optimale en micronutriments. Mais on se pose aussi des questions sur un éventuel rôle des prostaglandines présentes dans le lait maternel, ainsi que de la position différente de l'enfant au sein et au biberon : le mamelon arrive jusqu'au palais mou, ce qui aide la trompe d'Eustache, qui relie l'oreille moyenne à l'arrière du nez, à bien s'ouvrir. Cela ne se produit pas avec la tétine du biberon, qui ne dépasse pas la cavité buccale.

Le reflux gastro-oesophagien (RGO)
Dans une étude de 1992, les enfants allaités avaient moins d'épisodes de reflux, et étaient moins nombreux à présenter au moins un épisode de RGO. De plus la durée moyenne des épisodes de RGO était plus basse chez les enfants allaités. Les explications seraient d'une part que les bébés allaités passent moins de temps à dormir d'un sommeil léger et paradoxal, et davantage de temps en sommeil profond et calme, période où le RGO est rare ; d'autre part que le pH du reflux, plus bas chez les enfants allaités, suggère une vidange gastrique plus rapide.

Les infections urinaires
Une étude a montré que l'allaitement pourrait avoir un rôle préventif des infections urinaires chez le bébé et chez sa mère, en raison du mécanisme suivant : le lait humain - contrairement au lait de vache - est très riche en oligosaccharides, qui se retrouvent en grande quantité dans les urines du bébé allaité et de sa mère. Or les oligosaccharides ont la propriété d'inhiber l'adhésion bactérienne aux cellules épithéliales, adhésion qui est un prérequis important pour le développement d'une infection.

La mort subite du nourrisson
Bien qu'on ne connaisse pas encore exactement les causes du syndrome de mort subite, les études épidémiologiques, notamment celle faite en Nouvelle-Zélande, ont repéré, à la base de 79% des MSN, trois facteurs de risque : la position de couchage ventrale, le tabagisme maternel et le non-allaitement.

Le VIH
Il est vraiment dommage qu'il existe un risque - pas très bien mesuré - de transmettre le virus du sida par l'allaitement, et qu'on ne sache pas à la naissance si l'enfant est ou non séropositif. En effet, des études ont montré que l'allaitement pourrait retarder l'apparition d'un sida déclaré (19). Il a été démontré in vitro que le lait humain contient divers glycolipides, oligosaccharides et composants protidiques susceptibles de gêner la liaison du HIV aux récepteurs de la cellule hôte

Les avantages à long terme
Nous abordons là un domaine plus complexe et plus controversé. En effet, autant le corps médical est prêt à reconnaître le rôle anti-infectieux du lait maternel, autant il a du mal à admettre que l'allaitement puisse faire une vraie différence pour la santé de l'enfant et de l'adulte.

Et pourtant, comment ne pas voir que les avantages à court terme ne peuvent pas ne pas engendrer des avantages à long terme ? Prenons un seul exemple. Tout le monde sait que des otites à répétition peuvent finir par endommager l'audition de l'enfant. Si l'on admet que l'allaitement réduit considérablement l'occurence des otites, il devient évident qu'une population d'enfants allaités doit avoir une meilleure audition qu'une population d'enfants nourris au biberon.

De fait, ces dernières années, les études sur les conséquences à long terme d'avoir été ou non allaité, se sont multipliées. La liste que nous allons en donner, déjà fort longue, s'allongera encore dans les années qui viennent, à mesure qu'on s'intéressera à d'autres affections.

Mais il est vrai que ces études sont difficiles à faire, tant les biais à éliminer sont nombreux. Sur plusieurs des points qui vont suivre, on ne dispose actuellement que d'une seule étude, qui demande donc à être corroborée par d'autres. Avis aux chercheurs !

- les allergies
- l'aliment du cerveau
- La prévention de l'obésité
- l'appendicite
- la sclérose en plaques
- le diabète
- les cancers
- la maturation sexuelle
- le développement des mâchoirs

Les allergies
Le rôle de l'allaitement dans la prévention des allergies est et reste controversé. Néanmoins, la plus récente étude sur le sujet montre un effet protecteur à long terme contre toutes les manifestations allergiques.

Plus de 200 enfants d'Helsinki (Finlande) ont été suivis pendant leur première année, puis revus à 1, 3, 5, 10 et 17 ans. Ils étaient divisés en trois groupes : allaitement prolongé (plus de 6 mois) = groupe I, allaitement moyen (1 à 6 mois) = groupe II, allaitement court (moins d'1 mois) ou pas d'allaitement du tout = groupe III. On a comparé les taux d'eczéma, d'allergie respiratoire et alimentaire des trois groupes. Résultats : un allaitement de plus d'1 mois sans compléments offre une protection significative contre l'allergie alimentaire à 3 ans, ainsi que contre l'allergie respiratoire à 17 ans. Un allaitement d'au moins 6 mois est nécessaire pour prévenir l'apparition de l'eczéma pendant les trois premières années. A 17 ans, on trouve 8% d'atopie "substantielle" (c'est-à-dire concernant plus d'un organe) chez les jeunes du groupe I, 23% dans le groupe II et 54% dans le groupe III !

L'étude conclut que l'alimentation infantile semble aussi importante que l'hérédité sur le développement des allergies et joue même un rôle plus net à 17 ans.

Une autre étude, britannique celle-ci, portant sur vingt ans de suivi, était arrivé à des conclusions semblables.

L'intérêt de ces études est qu'il s'agit d'études de suivi, où il y a moins de risques d'erreur (sur la durée de l'allaitement, sa fréquence, les compléments donnés, etc.) que dans des études rétrospectives où l'on doit se fier aux souvenirs des sujets ou de leurs parents. D'autre part, elles prennent en compte la durée de l'allaitement exclusif, contrairement aux études qui avaient conclu à son non-intérêt en comparant des enfants au biberon et des enfants très peu allaités et souvent complémentés.

Les explications à cette protection sont variées :
- le lait humain pourrait induire et améliorer la maturation naturelle de la barrière de la muqueuse intestinale, ainsi que le système immunitaire secrétoire
- le lait humain pourrait réduire passivement l'exposition aux antigènes alimentaires en inhibant leur absorption, la protection locale des muqueuses immatures étant assurée par les IgA secrétoires et les autres immunoglobulines
- on a trouvé des facteurs anti-IgE dans le colostrum.

L'aliment du cerveau
Le petit humain se caractérise par un développement particulièrement rapide et important du cerveau, et le lait humain est adapté à cette particularité de notre espèce, grâce à son taux élevé en lactose et en acides gras polyinsaturés à longue chaîne. Des études ont montré que les enfants nourris au lait humain avaient de meilleurs scores au test de Bayley à 1 et 2 ans. Le même résultat a été retrouvé chez des enfants de 5 ans avec le test McCarthy. La différence est particulièrement significative chez les enfants nés prématurément, que ce soit à 18 mois ou à 7/8 ans.

Une étude australienne faite par le Dr Maria Makrides et ses collègues du Centre médical Flinders, à Adélaïde, a conclu que le DHA (acide docosahexaénoïque) jouait un rôle certain dans la maturation cérébrale (estimée par les potentiels évoqués visuels).

Une équipe de pédiatres hollandais a suivi 135 enfants allaités et 391 enfants nourris au lait de substitution. Ces nourrissons appartenaient à trois groupes, établis en fonction de critères neurologiques : 247 étaient normaux, 213 présentaient de légers déficits et 66 des troubles sévères. Tous ont été réexaminés neuf ans plus tard. 401 d'entre eux étaient normaux, 125 montraient des problèmes neurologiques, dont 21 graves. Il apparaissait alors que la fréquence des anomalies était nettement supérieure chez les enfants non allaités. En particulier, le lait maternel semblait avoir exercé un effet bénéfique net chez les petits victimes d'un déficit neurologique mineur à la naissance (troubles du tonus, de la coordination, etc.).

Terminons par une récente étude écossaise, faite sur 500 enfants, qui a mis en évidence une corrélation entre l'allaitement et un meilleur développement moteur et intellectuel à 18 mois.

La prévention de l'obésité
D'après M.-F. Rolland-Cachéra, chargée de recherche à l'Inserm, l'augmentation de l'obésité chez l'enfant ces dernières années, serait due à un déséquilibre entre protéines et lipides dans l'alimentation infantile. Paradoxe apparent : les protéines feraient grossir et les lipides maigrir. Explication : à la différence des lipides, les protéines augmentent les facteurs de croissance qui participent à la multiplication cellulaire. Ces facteurs de croissance stimulent la multiplication de toutes les cellules, y compris les précurseurs des adipocytes (cellules graisseuses). En revanche, les lipides mettent au repos cette multiplication cellulaire pendant les premières années de la vie. Or le lait maternel est très gras : il renferme environ 55% de lipides contre seulement 7% de protéines. Sa composition est donc parfaitement adaptée aux besoins des premiers mois.

Autre phénomène lié à la prise de poids : les bébés allaités régulent eux-mêmes la quantité de calories qu'ils absorbent. Quand la nourriture solide est introduite, leur réduction de consommation de lait semble être liée à l'appétit. Au contraire les bébés nourris au biberon perdent apparemment cette capacité à réguler leur consommation.

L'appendicite
Une équipe napolitaine a réalisé une étude établissant que l'allaitement prolongé aurait un effet protecteur par rapport à l'appendicite. L'hypothèse la plus vraisemblable est que figureraient dans le lait maternel des antigènes auxquels s'accoutumerait l'enfant. Les enfants pas ou peu allaités souffriraient d'un défaut d'exposition de l'immunité qui serait à l'origine de la réaction inflammatoire aiguë de l'appendicite ultérieurement.

La sclérose en plaques
La même équipe a également mis en évidence une corrélation entre un allaitement prolongé et un moindre risque de sclérose en plaques, en comparant les régimes alimentaires dans la petite enfance de 300 malades atteints de SEP, et d'autant de cas contrôles. Elle avance deux hypothèses. La première est que la composition en acides gras étant différente dans le lait de vache et dans le lait de femme, la structure membranaire des cellules nerveuses s'en ressentirait. La seconde concerne la stimulation de l'immunité de l'enfant par le lait de sa mère.

Le diabète
Deux études indépendantes ont rapporté l'effet favorable de l'allaitement sur le risque de diabète insulino- et non insulinodépendant.

Pour le premier, l'effet passe par le rôle des protéines du lait de vache dans le déclenchement des processus auto-immuns. L'introduction de lait de vache avant l'âge de 3 à 4 mois augmente significativement le risque de diabète de 1,63. Plusieurs hypothèses ont été avancées pour expliquer cet impact : rôle de la sérumalbumine bovine, de la bêta-lacto-globuline ou de fragments de caséine.

Pour le diabète de type II (non insulinodépendant), la relation passe par la proportion de surpoids à l'âge adulte. L'étude, faite chez les Indiens Pima, a montré que la moindre prévalence de ce diabète chez les adultes qui avaient été allaités, s'explique par le fait qu'il y a significativement moins d'obèses dans ce groupe.

Les cancers
Depuis l'étude de M. Davis parue dans le Lancet en 1988 et qui avait fait l'effet d'une bombe, les études se sont multipliées sur le lien entre allaitement et risque moindre de développer un cancer pendant l'enfance ou à l'âge adulte. Citons par exemple une étude très récente qui montre que l'allaitement diminue le risque de développer un lymphome avant l'âge de 15 ans, et ce d'autant plus si l'allaitement a duré plus de 6 mois. Une des explications serait que les propriétés anti-infectieuses du lait maternel entraîneraient moins d'infections, qui ont été données comme cause possible de certains cas de lymphomes. D'autres études ont montré un risque réduit pour la maladie de Hodgkins et pour la leucémie.

Egalement, le risque de cancer du sein serait moindre chez les femmes ayant été allaitées .

Là comme dans l'allergie, le rôle préventif de l'allaitement n'a pu être reconnu qu'à partir du moment (avec l'étude de M. Davis) où l'on s'est intéressé aux allaitements de plus de 6 mois. Auparavant, avec des allaitements courts et/ou complémentés, on concluait à un intérêt nul...

Signalons que des chercheurs suédois ont récemment découvert que le lait maternel peut tuer les cellules cancéreuses. C'est en étudiant la façon dont le lait maternel peut modifier la manière dont les bactéries adhèrent aux cellules cancéreuses, dans les cancers du poumon, qu'ils ont découvert que le lait maternel tuait les cellules dangereuses sans affecter les cellules saines. Analysant alors le lait maternel, ils ont découvert une protéine capable de détecter les cellules défectueuses, telles que celles responsables de tumeurs. On ne comprend pas encore comment la protéine arrive à distinguer les différentes cellules...

La maturation sexuelle
Des chercheurs israéliens ont récemment montré qu'une neuro-hormone, la gonadotropin-releasing hormone (Gnrh), est synthétisée par le sein allaitant. Cette hormone aurait une influence sur le développement des organes sexuels du nourrisson, voire sur la mise en place du système cérébral commandant le comportement sexuel.

Le développement des mâchoires
La succion du sein entraîne un meilleur développement des muscles faciaux, des mâchoires, des dents et de l'élocution que la prise du biberon. Il est notoire que les enfants allaités ont moins besoin de traitements orthodontiques. On dit qu'un dentiste particulièrement compétent peut reconnaître à sa dentition si un adulte a été ou non allaité...

Quelques autres pistes
L'allaitement est connu pour ralentir l'évolution de la maladie coeliaque, une affection du système digestif. Il protègerait de la maladie de Crohn et des colites ulcéreuses à l'âge adulte, réduirait le risque de hernie inguinale (explication : les hormones du lait maternel, en particulier la gonadotropin-releasing hormone, faciliterait la fermeture du canal inguinal), améliorerait la minéralisation osseuse et la réponse aux vaccinations.

En guise de conclusion
Arrivés au terme de notre synthèse, on pourrait se poser la question : si tout cela est vrai, comment se fait-il que les bébés élevés au biberon arrivent à vivre et à grandir ?
N'oublions pas tout d'abord que dans beaucoup de pays, les bébés au biberon n'arrivent justement pas à survivre, emportés qu'il sont par la première diarrhée. Dans les pays riches, les conditions d'hygiène et le pouvoir d'achat leur évitent ce triste sort. Il n'en reste pas moins qu'une augmentation des taux d'allaitement se traduirait chez nous aussi par une baisse de la morbidité.
Le but à viser n'est plus seulement la survie, mais une vie meilleure, dans un état de santé meilleur, et ce dès la naissance. La qualité de vie n'est-elle pas diminuée si à 2 ans, on a déjà eu six rhino-pharyngites et quatre otites ? Ne vaudrait-il pas mieux les avoir évitées ?

retour à la civilisation de l'allaitement maternel
Interrogées par sondage, 70 à 75% des femmes déclarent souhaiter allaiter. Pourtant elles sont à peine plus de 40% à allaiter leur bébé à huit jours, et sans doute à peu près 20% quelques semaines plus tard.

Que s'est-il passé ? Pourquoi tant de femmes qui, d'après leurs propres dires, souhaitaient allaiter, abandonnent-elles plus ou moins rapidement?

Nous avons déjà abordé dans des numéros précédents d'Allaiter aujour-d'hui certaines circonstances qui, en compliquant les débuts de l'allaitement, peuvent expliquer certains échecs : césarienne, prématurité, naissances multiples, bébé "difficile" , bébé hospitalisé .

Comme on le sait, toutes ces circonstances "particulières", pour peu qu'on soit bien informée et soutenue, ne sont pas des obstacles à l'allaitement.

Alors que dire d'un échec quand il s'agit d'un bébé né à terme en bonne santé, après un accouchement sans problème particulier ?
Il semble qu'on aborde ici un problème plus fondamental, qui tient essentiellement à l'ignorance de tous (mères, pères, entourage familial, professionnels de santé) de ce qu'est réellement la relation d'allaitement.
C'est pourquoi nous avons voulu aborder dans ce numéro la question de fond : comment la "culture du biberon" sabote les allaitements, mais aussi comment chacun et chacune d'entre nous peut, à son niveau, agir pour remettre à l'honneur la "culture de l'allaitement maternel".

Dès la petite enfance
On sait que beaucoup de problèmes viennent du peu de contacts avec bébés allaités qu'ont eus les femmes avant d'avoir leur premier bébé.

C'est vrai pour des bébés "en chair et en os". Posez la question autour de vous : "Avez-vous déjà vu des bébés en train de téter ?". Vous serez étonnés du faible nombre de "oui".

C'est vrai également des représentations graphiques : films, publicités, photos dans les magazines, dessins, etc. Pour un bébé allaité, on verra cinquante bébés au biberon. Un seul exemple, parmi des milliers : le programme du récent Salon de Caen "J'attends et j'élève mon enfant", était en forme de... biberon. Pensez également à tous les albums pour enfants où le biberon est omniprésent , ainsi qu'aux poupons qui ont pratiquement tous pour accessoires un biberon et/ou une sucette.

L'allaitement étant, comme beaucoup d'activités humaines, un art d'imitation, comment s'étonner que tant échouent quand, depuis leur petite enfance, elles n'ont eu rien ni personne à imiter ?

* Que faire ?
Même s'ils sont peu nombreux, il existe quand même certains livres pour enfants montrant des bébés en train de téter. Vous en trouverez un choix en page 10.

Côté publicité, il semble qu'un "vent nouveau" se lève actuellement, avec les pubs Chambourcy, Président et Lesieur, présentant un bébé (pas tout petit, qui plus est) en train de téter, le tout accompagné d'un commentaire sur le plaisir... Rien n'empêche d'écrire pour féliciter les concepteurs et les diffuseurs de tels messages.
A contrario, on peut écrire aux différents médias pour regretter l'omni-présence du biberon, en donnant à chaque fois un exemple précis.

Je n'oserai jamais allaiter en public !
Un autre obstacle culturel vient d'un croisement entre la pudeur de beaucoup de femmes et l'érotisation actuelle des seins.

Le sein étant devenu en quelque sorte le "produit d'appel" du minitel rose, beaucoup de femmes imaginent mal de le "sortir" en public pour nourrir leur enfant.

Les femmes n'imaginant pas pouvoir allaiter en-dehors de chez elles, elles se voient "cloîtrées" avec leur bébé tant que dure l'allaitement, ce qui les incite à y mettre fin rapidement.

* Que faire ?
L'idéal serait évidemment que le geste d'allaiter son enfant redevienne aussi naturel que de prendre un verre à la terrasse d'un café.

En attendant ce jour..., il est urgent de montrer aux futures mères qu'on peut parfaitement allaiter en public dans une totale discrétion, pour peu qu'on soit habillée de façon adéquate : un bas (jupe ou pantalon) et un haut (pull, tunique, Tshirt, sweat-shirt) qu'on soulève légérement. Dans certains pays (notamment en Angleterre et aux Etats-Unis), on peut trouver facilement des vêtements spécialement conçus pour la mère qui allaite. En France, cela commence timidement avec des chemises de nuit munies de fentes. Cela n'est pas très utile pour allaiter en public (sauf peut-être à la maternité), mais il faut bien un début à tout ! Encourageons les bonnes volontés...

Je ne veux pas de seins qui pendent !
L'érotisation du sein et l'accent mis sur la beauté du corps provoquent un autre obstacle à l'allaitement : la crainte de voir ses seins abîmés.

D'autant que les rares scènes d'allai-tement diffusées par les médias sont très souvent celles de mères africaines aux seins flasques et pendants, vivant dans des zones où sévit la famine. Ce qui, par la même occasion, associe l'allaitement uniquement à l'exotisme et/ou la misère...

Or tous les spécialistes sont d'accord pour reconnaître que ce qui abîme les seins, ce sont les changements brusques de volume, donc essentiellement l'accroissement en début de grossesse, un engorgement les premiers jours ou un sevrage brutal.

* Que faire ?
Pour éviter cela, une bonne conduite de l'allaitement avec mise au sein précoce, tétées nombreuses les premiers jours, sevrage en douceur, est primordiale. Et, surtout dans le cas de seins lourds et volumineux, un bon soutien-gorge d'allaitement, qui soutienne sans comprimer.

Je veux rester libre
On aborde là, je crois, le problème de fond. Inutile de le nier : l'allaitement au sein suppose de la part de la mère plus de disponibilité à son bébé que le biberon. Comme on dit : "Un biberon, n'importe qui peut le donner".
Qui, dans notre société, imagine ce que signifie, au jour le jour, s'occuper d'un bébé 24 h sur 24 ? Pratiquement personne. Aussi, lorsque le bébé est là, l'immense majorité des jeunes parents sont complètement effarés, voire paniqués, par le temps et l'énergie que demande le bébé.
C'est vrai pour beaucoup de choses (changes, bain, promenades, bercement, etc.), mais ça l'est particulièrement pour l'allaitement. Même s'il est bien conduit (bonne position du bébé, succion efficace...), il arrive souvent que dans les premières semaines, on ait l'impression de "l'avoir toujours au sein".

Les réveils nocturnes, le sentiment d'être cloués à la maison, l'impression (en partie vraie, en partie fausse) que l'allaitement gêne la reprise d'une activité sexuelle, tout cela peut pousser à un sevrage précoce.
Comment savoir que cela n'a rien d'anormal, que cela va passer, comment l'accepter quand on est seule avec son bébé, entre les quatre murs de son appartement, sans personne avec qui parler de ses angoisses, de ses doutes ?

* Que faire ?
C'est vraiment là que l'existence d'associations telles que La Leche League prend tout son sens. Notamment les réunions de groupe, qui sont un lieu vivant de parole, d'échange, sur l'allaitement et le maternage. Des lieux comme cela, il devrait y en avoir beaucoup. Pour que les futures mères voient des bébés avec leurs mères, que les nouvelles mères se rencontrent, trouvent information et soutien auprès de mères un peu plus "anciennes" et expérimentées.

Il est encore au sein ?
Il arrive qu'une nouvelle mère se laisse convaincre par son nouveau-né de répondre à ses besoins, mais que son entourage n'évolue pas aussi vite et ne comprenne pas qu'elle se fasse ainsi "bouffer".
L'entourage, c'est en premier lieu le père qui de toute façon, doit gérer pour lui-même ce passage du couple à la famille. Qui supporte parfois mal à la fois cette impression de n'avoir "rien à faire" avec son bébé, et cet investissement total de sa femme.
L'entourage, ce sont aussi les grands-parents, souvent habitués à un maternage plus rigide et moins respectueux des besoins du bébé.
Ce sont les voisines, les amies, les collègues de travail... qui toutes ont leur avis sur la question, avis qui va presque toujours dans le même sens : "Tu es en train de te faire bouffer !".
C'est enfin le corps médical qui peu au fait de la conduite normale d'un allaitement normal, veut lui aussi imposer des normes, des horaires, des mesures, des calendriers.

Comme le dit Ann V. Millard, dans la plupart des manuels de pédiatrie, c'est l'horloge qui est le principal cadre de référence et crée un enrégimentement digne du travail en usine. Négligeant les interactions physiques et émotionnelles au sein du couple mère/enfant, ils découpent l'allaitement en une série d'étapes, insistant uniquement sur les rythmes et les durées : nombre de tétées par jour, durée des tétées, quantités absorbées (pesées régulières).

Une mère, "normalement angoissée" comme toute nouvelle mère, va s"épuiser à respecter ces nombres et ces mesures arbitraires. Pour peu que son bébé refuse de s'y plier, elle risque fort de penser, non pas qu'il faut jeter les mesures aux orties, mais soit que son bébé est particulièrement difficile et capricieux, soit que son lait est mauvais et/ou insuffisant...

* Que faire ?
Si l'on en a la force, il faudrait mettre au fond d'un placard ou d'un tiroir tout ce qui ressemble à une montre, un réveil, une horloge..., au moins les premiers temps. En ce qui concerne la balance, l'utiliser à dose "homéopathique".
Et on en revient toujours là , pouvoir cotoyer régulièrement d'autres mères qui allaitent sans problème.

Les problèmes techniques sont aussi d'origine culturelle
Je ne voudrais pas alourdir cet article déjà touffu en parlant de tous les obstacles "techniques" responsables de beaucoup de sevrages précoces : douleurs de mamelons, crevasses, engorgements, faible prise de poids...
On sait maintenant (publications LLL sur le sujet) que tous ces problèmes trouvent leur source dans une mauvaise conduite de l'allaitement, elle-même en grande partie causée par la "culture du biberon" : mauvaise position du bébé au sein, tenu comme pour lui donner un biberon ; croyance qu'il faut "vider" les seins, puis attendre qu'ils se "remplissent" (au besoin en sautant une tétée), alors que les seins ne sont pas des récipients comme les biberons, mais des usines qui travaillent "en continu" ; limitation du nombre et de la durée des tétées pour les faire coller au nombre de biberons et au temps que met un bébé à les vider ; etc., etc.

On peut donc dire sans se tromper que ces problèmes "techniques" sont en quelque sorte des sous-produits de l'obstacle culturel majeur : la croyance - malgré tous les beaux discours - en la supériorité du biberon, et le manque de confiance persistant en la capacité des femmes à nourrir exclusivement et durablement leurs bébés de leur lait. D'où ce "double langage", si répandu dans les médias : allaiter, c'est mieux, mais le biberon, c'est aussi bien !

En conclusion
Et n'y aurait-il pas, face au couple d'allaitement, une jalousie fondamentale de tout l'entourage, qu'il soit médical ou familial ? Comme le dit la psychanalyste Anne Bouchart-Godard : "Il faut savoir qu'une mère qui allaite son enfant représente l'une des situations qui suscite les réactions les plus violentes : de l'ordre de l'admiration, du désir d'être à la place de l'enfant, du désir de détruire et de séparer" (c'est moi qui souligne) (Enfants-Magazine, juin 1990). Ce désir de séparer n'est-il pas à l'origine de bien des choses responsables d'échecs de l'allaitement : biberons de complément, bouts de sein en silicone et autres gadgets, pressions pour le sevrage...
Pour qu'un jour, l'allaitement maternel redevienne éventuellement la norme culturelle, il faut qu'il y ait de plus en plus de femmes heureuses d'allaiter, bien dans leur peau, qui le montrent sans ostentation, qui se soutiennent les unes les autres.
Soyons-en persuadé(e)s : chaque mère qui allaite son bébé avec bonheur est une actrice du changement social !
Françoise Coudray est mère de trois garçons, dont des jumeaux de 4 ans 1/2. Elle a créé l'association Allaitement des jumeaux et plus (ADJ+) et anime depuis deux ans dans le Gard des ateliers sur l'allaitement en public.
Les réflexions qui suivent sont issues à la fois du travail de ces ateliers et de son expérience personnelle de mère allaitante.
Allaiter en public, c'est allaiter face au regard des autres. C'est le partage, désiré ou involontaire, d'un moment d'intimité, d'un geste socialement devenu rare.
Dans une société qui a opté généralement pour le biberon de lait artificiel, allaiter en public, c'est assumer un geste pouvant être vu comme "désuet", "dépassé", devant l'incrédulité médicale, familiale, environnementale. Et quand je dis "incrédulité", je pourrais ajouter aussi critique, envie, jalousie.
Allaiter en public, c'est aussi assumer un corps que la société réduit à la seule érotique.

Le sein tronqué
Une société ne devrait jamais réduire une partie du corps humain (les seins) à la moitié de ce qu'elle est : le sein nourricier, le sein splendeur esthétique, le sein lieu de délices et de caresses amoureuses, est réduit au sein esthétique, jeune, pointant allègrement vers le haut, réservé au contact charnel du compagnon. Qu'est devenu l'échange corps à corps mère/enfant ? Et où est donc la place de l'enfant d'ailleurs ? Et en corollaire, quels adultes formons-nous, si nous n'apprenons pas leur corps aux bébés ?

Ce sein tronqué est entré si fortement dans nos mentalités qu'un sein ne semble plus avoir sa place dans une bouche de bébé. Ce sein tronqué transforme l'homme le plus honnête forcément en voyeur, et la mère forcément en exhibitionniste.

Cette image ancrée en nous va jouer dans notre décision de donner le sein ou non. Quand on a caché, anesthésié, notre corps d'enfant, parfois à outrance, il peut être difficile, quand nous devenons mère à notre tour, d'envisager de découvrir une aréole devant notre propre enfant. Quand on n'a pas reçu ce contact lacté ou pas de contact charnel du tout étant petite enfant, il peut être difficile de donner un peu de notre corps à notre propre enfant (à ce propos, je me voudrais néanmoins rassurante : je n'ai pas été allaitée, et j'ai bien nourri mes jumeaux puis leur petit frère ; l'allaitement pour moi était naturel, j'étais fière de ce lait qui jaillissait de mes seins, et avec quelle puissance, pour nourrir mes enfants).

A la maternité
Après avoir éventuellement réglé la question de notre regard face à nos seins, c'est ce sein tronqué en "eux" (les "autres") qu'il va falloir combattre.
La première tétée en salle de naissance dépend énormément du personnel, de sa disponibilité, de ses connaissances, de son vécu vis-à-vis de l'allaitement. Ce premier rendez-vous devient parfois première épreuve de force, en tout cas c'est notre première expérience en public.
La première tétée devrait être un moment d'amour partagé discrètement mais avec complicité : aider à la mise au sein si l'aide est nécessaire, mais lui conserver son caractère d'intimité, parler doucement, pas de gestes brusques.

Malheureusement, la pratique générale de prendre l'enfant pour lui donner des soins (qui pourraient attendre) nous coupe de l'atmosphère toute hormonale, toute instinctive, qui entoure la naissance. Alors que nous avons en nous, en notre cerveau ancestral, la connaissance pour mettre nous-même notre enfant au sein, nous nous retrouvons à demander de l'aide, nous plaçant un peu en position d'infériorité, en débutante, en quémandeuse.

Cette première épreuve n'est néanmoins pas l'épreuve du feu. Le pire (aussi bien dans mon vécu que dans le vécu d'amies de lait, et les appréhensions de futures amies de lait), ce sont les tétées en chambre.

Si l'on parvient assez aisément à allaiter devant les sages-femmes, puéricultrices, infirmières (elles appartiennent au corps de la santé, notre affectif n'est donc pas touché), que dire dès le début des visites. Entre le frère, le père, l'oncle, le cousin, l'ami, dont on ne sait trop s'ils vont nous regarder avec des yeux d'enfants (de vieux enfants, certes) ou avec des yeux d'hommes, voire d'amants potentiels. et surtout, entre la mère, la soeur, la cousine, la copine., ce ne sont plus nos mises au sein qui sont là, ce sont les leurs, ou les "non-leurs" si je peux me permettre ce néologisme. Ce sont leurs expériences, leurs vécus, leurs pensées, qui vont nous regarder, nous juger.
Allaiter devant elles, ce sera faire quelque chose qu'elles n'auront peut-être pas réalisé. Pas toujours facile d'assumer une mise au sein devant une ardente du lait en poudre. Surtout que pour les premières mises au sein, on se sent pataude : on parvient déjà difficilement à manipuler l'enfant, alors que dire de le mettre au sein (et de la manipulation du vêtement donc !) ?
Allaiter devant elles, ce sera s'entendre dire : « Mais est-ce que tu as assez de lait ? A ta place je donnerais de l'eau dans un biberon. » ou : « Oh, tu as des crevasses ? Ça fait mal, tu devrais arrêter, inutile de te donner plus de mal. »
Allaiter devant elles, c'est voir ses capacités de jeune mère jugées. Au lieu de réjouissances, de joies, de chants, allaiter devant elles sera toujours voir son intimité violée par le vécu des autres au féminin.
C'est aussi parfois partager sa chambre avec une convaincue du lait artificiel, et vivre le contraste entre nos mises au sein fréquentes, nos positions maladroites, nos seins gonflés de ce réseau veineux qui va contribuer à la lactation, et "sa" tranquillité temporaire (enfant en nurserie la nuit, remplacement lors des repas).

Entraînement et astuces
Les premiers temps, ce pourra être pour certaines ne pas allaiter en public (devant vraiment personne), juste le temps d'être à l'aise avec les techniques de mises au sein. Parmi mes amies de lait, certaines ont opté pour l'entraînement devant d'autres mamans allaitantes d'abord. D'autres ont préféré la famille, avant d'aborder le restaurant, le lieu public. Et d'autres encore ont préféré les terrasses de café, le passant le plus anonyme, avant d'allaiter devant des proches (famille ou amis).

Ce pourra être aussi porter l'enfant dans un porte-câLLLin, mettre un large foulard ou un châle qui permettra de se préserver ; faire assister le papa à une réunion de copines, si c'est le papa qui est réticent ; se conforter (le dégrafage n'est pas un déshabillage !) ; agir naturellement (c'est en multipliant les gestes furtifs qu'on attire l'attention) ; regarder les autres qui soulèvent leur polo juste ce qu'il faut pour que l'enfant prenne le sein.
Ce pourra être aussi investir dans des vêtements d'allaitement, au rabat qu'on écarte conçu juste pour sortir le sein.

Quand l'enfant grandit
Quand l'allaitement se passe bien, qu'on n'a plus mal, que la lactation s'est établie, qu'on ne dégouline plus de lait de façon intempestive., allaiter devant les autres devient le jugement de l'âge. Pas l'âge de la mère, non, celui de l'enfant.
L'allaitement d'un bébé se conçoit encore aisément, même dans une société d'alimentation artificielle. Mais l'allaitement du bambin entraîne de nombreuses réflexions, très rarement constructives !

Allaiter un bambin d'un an et plus, cela veut dire, dans la conscience sociale, qu'on est mère depuis un an, mais pas à nouveau femme (« oh, le pauvre homme, dont la femme allaite toujours. »). On plaint aussi l'enfant qui est toujours dans le giron de sa mère, et donc pas autonomisé « comme les autres, vous savez, ceux mis en crèche à 2 mois ½ ».
Allaiter un bambin en public devient donc une profession de foi, un acte d'affirmation. Et ce d'autant plus qu'il est plus difficile de le faire discrètement qu'avec un bébé.

Les jumeaux
Il faut aussi absolument mentionner l'allaitement des jumeaux.
Des jumeaux, ça attire l'attention. Alors, pensez donc, les allaiter au sein, c'est une énormité sociale !
L'allaitement des jumeaux se fait de deux manières : soit chacun son tour, soit en même temps.
L'allaitement simultané, je l'ai réalisé (à part devant mon mari) devant des animatrices d'associations comme LLL, en famille, entre copines, c'était vraiment le plaisir de partager. Sinon, comme j'étais le plus souvent avec mon mari ou un ami ou de la famille, je donnais le sein à l'un tandis que mon mari ou le tiers s'occupait de l'autre. Ensuite on échangeait.

Il faut une bonne dose de punch pour allaiter des jumeaux en public, car il faut assumer la curiosité des gens sur les jumeaux, les positions « acrobatiques », le côté « scène de cirque », et l'impression qu'on peut avoir d'être soi-même une « bête de foire ».

En conclusion
Mais allaiter face au regard des autres, ce ne sont pas que des scènes intimes volées, jalousées, regardées avec suspicion. C'est aussi et surtout partager notre intense bonheur, notre immense fierté d'être mère, de nourrir de lait, de gaver de câlins.
Plus que lors des ateliers thématiques que j'organise, c'est dans les photos récoltées pour le « mur du sein » (à l'occasion de la SMAM 2001) que j'ai vu ce bonheur : un peu plus de 200 photos prises en extérieur (bord de plage, jardin public), ou lors de réunions familiales ou amicales, où l'on voit deux copines donnant le sein, ou bien une jeune femme sur laquelle se penche la mamie ou la mémée.

l'allaitement quand il dure
Chez nous, dès que l’allaitement dépasse quelques semaines, la mère est assaillie de questions, de remarques, de critiques, d’interrogations… et soumise à rude pression : « Quand est-ce que tu arrêtes ? », « mais quand vas-tu lui donner autre chose ? », « ton lait ne doit plus lui suffire », « ça suffit comme ça, pas la peine de continuer », « là, vous vous faites plaisir, c’est tout », « vous êtes aveugle aux signes que vous envoie votre bébé disant qu’il veut arrêter de téter » (si, si, je l’ai entendu, de la bouche d’une psy !), « vous le rendez dépendant », « attention à l’inceste » (s’il s’agit d’un garçon), « vous allez en faire un homosexuel », « il risque d’avoir des TOC1 plus tard », « vous mettez vos enfants à votre service sexuel »2 … j’en passe, et des meilleures.
La limite au-delà de laquelle cela devient soit inutile, soit pathologique varie selon les gens : pour certains, ce sera 3 mois3, pour d’autres 6 mois4, pour d’autres encore 9 mois ou 12 mois.
Sans qu’aucune raison valable, aucune étude scientifique sérieuse ne vienne corroborer ces dires.

Après 3 mois, le lait maternel, ce n’est pas « que de l’eau »
Ce qu’on sait de la composition du lait de femme, qui en fait un aliment complet, équilibré et parfaitement adapté aux besoins de l’enfant, riche en acides gras essentiels pour construire son cerveau, en facteurs de protection, etc., reste vrai quel que soit l’« âge » de l’allaitement.
Le lait d’une femme qui allaite un enfant de 18 mois est tout aussi riche que celui d’une femme qui allaite un bébé de 3 mois5. Certaines études récentes tendraient même à prouver qu’il est plus riche. Des chercheurs israéliens ont comparé6 le lait de femmes ayant allaité deux à six mois à celui de femmes ayant allaité douze à trente-neuf mois. Pour le premier groupe, la teneur moyenne du lait en matières grasses était de 7 %, contre 11 % pour le deuxième groupe. Un litre de lait des femmes du premier groupe représentait 740 calories, contre 880 dans le second groupe.
On voit par là que l’apport calorique du lait maternel dans le régime alimentaire d’un enfant de 2 ans qui tète encore pas mal, est loin d’être négligeable. La conclusion des chercheurs était d’ailleurs : « Aussi pouvons-nous encourager les mères à continuer à nourrir leurs enfants au sein, car d’un point de vue nutritionnel, leur lait a bien une valeur. »
Certes, à partir d’un certain âge7, l’allaitement devra être complété par des aliments solides. Mais, pendant encore plusieurs mois, l’essentiel de l’alimentation de l’enfant pourra continuer à être fourni par le lait maternel8.
Lait maternel qui continuera par ailleurs à apporter à l’enfant ses innombrables facteurs de protection, et pourra faire une grande différence pour lui en termes de santé, voire de survie dans certains pays. Une étude faite dans les campagnes du Bangladesh9 attribuait un tiers des morts entre 18 et 36 mois au non-allaitement : les enfants qui n’étaient plus allaités à cet âge ne bénéficiaient plus des anticorps apportés par le lait maternel.
Des études ont même montré que lorsque l’enfant grandit et tète moins, la concentration de facteurs immunologiques dans le lait maternel augmente, de façon sans doute à ce qu’il continue à en recevoir la même quantité. L’une d’elles10 a relevé un taux total d’IgA de 0,8 g/l jusqu’à 12 mois, et de 1,1 g/l entre 13 et 24 mois.

Une meilleure santé future
Continuer à être allaité n’est pas seulement bon pour la santé présente de l’enfant, ça l’est aussi pour la santé de l’adulte qu’il deviendra.
Depuis que dans les recherches médicales sur les effets de l'allaitement, on s'intéresse à sa durée, on s'aperçoit que ces effets sont "dose-dépendants", c'est-à-dire en proportion directe avec la quantité de lait maternel consommée. Pour certaines affections, la protection à long terme est d'autant plus importante que l'allaitement a duré longtemps. Pour d'autres, la protection n'apparaît que s'il a duré un minimum de temps.
Un exemple parmi beaucoup d’autres de cet effet dose-dépendant ? Une étude récente montrant un lien entre un allaitement prolongé et une moindre incidence de l’allergie11.
Elle a été faite sur 861 enfants âgés de 6 à 14 ans, venus de deux quartiers pauvres de la ville du Cap (Afrique du Sud). Les allergies en général (le rhume des foins en particulier) étaient significativement moins fréquentes chez les enfants qui avaient été allaités plus de six mois. L’effet était dose-dépendant chez les enfants sans prédisposition allergique : par rapport à un allaitement inférieur à six mois, le risque d’allergie était diminué de 29 % pour un allaitement entre six et douze mois, et de 64 % pour un allaitement supérieur à douze mois12.
Et n’oublions pas que les effets de l’allaitement sur la santé de la mère sont également dose-dépendants. C’est ainsi qu’une étude récente13 a montré que l’allaitement diminuait le risque pour la mère de développer un diabète de type II. Les femmes qui avaient allaité au moins un an avaient environ 15 % de moins de risques que celles qui n’avaient pas allaité du tout, et chaque tranche de douze mois d’allaitement supplémentaire diminuait encore le risque de 15 %.

Non, les enfants allaités longtemps ne deviennent pas anormaux
A écouter certains, allaiter longtemps son enfant serait lui rendre un très mauvais service. Qu’en est-il en réalité ?

L’allaitement long nuirait-il au développement du langage ?
Cet argument assez inattendu est avancé par certains psychanalystes qui pensent, à la suite de Françoise Dolto, qu’il faut « castrer la langue du téton » pour que l’enfant accède à la parole.
Pensent-ils que le sein, comme bien souvent la sucette, fait « bouchon » dans la bouche de l’enfant ? Ou que ce qu’ils perçoivent – à tort – comme une fusion mère/enfant ne laisse pas de place au langage ?
Manifestement, ils n’ont jamais rencontré de bambins allaités à la langue bien pendue, ni pris connaissance d’études montrant que c’est le non-allaitement qui est associé à davantage de troubles du langage… Voir par exemple cette étude14, où le risque de trouble du langage était deux fois et demi plus élevé chez les enfants qui n’avaient pas allaités que chez ceux qui l’avaient été pendant sept mois et plus.

Un meilleur développement cognitif
Sur ce sujet controversé, je citerai juste une étude parue fin 200515. Faite sur des enfants philippins nés en 1983-84 et suivis de la naissance à 8 ans ½, elle a montré qu’à cet âge, ceux qui avaient été allaités plus longtemps (entre douze et dix-huit mois) avaient de meilleurs résultats aux tests cognitifs que ceux qui avaient été allaités moins de six mois. C’était particulièrement net pour les enfants qui étaient de petit poids à la naissance : 9,8 points de QI en plus.

Rapports parents-enfants
A plus long terme, les effets semblent également assez positifs.
Les relations entre la durée de l'allaitement et les capacités d'adaptation psychosociale ont été analysées dans une cohorte d'adolescents âgés de 15 à 18 ans. Pour cette étude prospective16, on a enrôlé 999 enfants néo-zélandais.
Pendant la période comprise entre 0 et 1 ans, des données ont été recueillies sur le déroulement de l'allaitement. Entre 15 et 18 ans, les enfants ont été recontactés et soumis à une batterie de tests destinés à évaluer leurs capacités d'adaptation psychosociale, la qualité des rapports parents-enfants, la prévalence de la délinquance juvénile, l'utilisation de substances illicites et l'existence de troubles psychiatriques.
Les enfants qui avaient été allaités pendant longtemps étaient plus nombreux que les enfants nourris au lait industriel à avoir des liens de meilleure qualité avec leurs parents, et à penser que leur mère s'était mieux occupée d'eux et avait été moins surprotectrice.
Après ajustement pour les diverses variables confondantes, la durée de l'allaitement restait significativement corrélée à la perception par l'adolescent de meilleurs soins donnés par la mère, la perception de l'adolescent étant d'autant plus positive que l'allaitement avait été long.
Les auteurs concluaient que l'allaitement long semblait favoriser des rapports parents-enfants de meilleure qualité.
Les mères qui allaitent longtemps insistent elles aussi sur la force du lien mère-enfant ainsi tissé, et les bénéfices émotionnels qu’elles en retirent, ainsi que leur enfant. C’est ce qui ressort par exemple d’une étude sur le vécu de 179 mères allaitantes « au long cours »17 qui, si elles parlent des difficultés à allaiter longtemps dans un environnement peu soutenant voire franchement critique, n’en disent pas moins que les aspects positifs pour la relation mère-enfant l’emportent de loin sur ces aspects négatifs.

Une meilleure adaptation
Une étude qui s’est intéressée au devenir d’enfants allaités plus d’un an18 a trouvé un lien entre la durée de l’allaitement et la façon dont les mères et les professeurs appréciaient leur adaptation sociale à 6 et 8 ans. Les auteurs prenaient leurs précautions en disant qu’ils n’avaient pu prendre en compte les différences d’interactions mère-enfant entre les mères qui allaitent et celles qui donnent le biberon, différences pouvant expliquer leurs résultats.
Mais finalement, peu importe que ces résultats soient dus à l’allaitement en soi ou à un comportement maternel plus courant chez les mères susceptibles d’allaiter plus d’un an. Le fait demeure : les enfants allaités longtemps étaient considérés plus tard comme ayant la meilleure adaptation sociale. C’était encore plus vrai chez les mères que chez les professeurs, ce qui laissait à penser que les mères ayant allaité longtemps tendent à voir leurs enfants sous un jour plus positif que les autres.

Et c’est tout simplement bon !
Dans une étude sur des mères australiennes allaitant des enfants de 2 ans et plus19, on a interrogé les enfants (mais oui, ils parlent !) qui ont presque tous dit qu’ils tétaient parce qu’ils aimaient le lait de leur mère, que ça les rendait heureux et leur faisait du bien. Certains ont dit que c’était « aussi bon que le chocolat », voire « meilleur que la crème glacée » !

Les recommandations de l’OMS et du ministère
Voilà déjà plusieurs années que l’Organisation mondiale de la santé recommande un allaitement exclusif de six mois, et la poursuite de l’allaitement jusqu’à 2 ans ou plus20.
Pendant longtemps, ces recommandations ont été dénigrées chez nous comme « juste bonnes pour les pays pauvres, mais en France, voyons… ! »
Cette « exception française » dont on se serait bien passée semble en passe de disparaître.
C’est d’abord l’ANAES (Agence Nationale d’Accréditation et d’Evaluation en Santé) qui, dans ses « recommandations professionnelles sur la mise en œuvre et la poursuite de l’allaitement maternel dans les six premiers mois de vie de l’enfant » (2002), écrit : « La poursuite de l’allaitement maternel exclusif pendant six mois permet un développement optimal des nourrissons et doit donc être encouragée. » Et : « La poursuite de l’allaitement après l’âge de 6 mois associée à une diversification alimentaire ne présente que des avantages pour les nourrissons. »
C’est, depuis peu, la brochure sur les bénéfices de l’allaitement pour la santé de l’enfant et de sa mère, écrite par le comité de nutrition de la Société Française de Pédiatrie et publiée par le ministère de la Santé21, qui reprend pour la première fois l’intégralité des recommandations OMS : « L’allaitement maternel permet une croissance normale au moins jusqu’à l’âge de 6 mois. Il n’y a donc pas de raison d’introduire d’autres aliments avant cet âge, comme l’OMS le recommande, en insistant sur le fait que l’allaitement maternel peut être poursuivi jusqu’à l’âge de 2 ans ou même davantage, selon les souhaits de la mère, à condition d’être complété par la diversification alimentaire à partir de l’âge de 6 mois. »

A tous ceux qui continueront à critiquer l’allaitement au-delà des premiers mois, on pourra donc maintenant rétorquer… qu’on suit les recommandations du ministère de la Santé !

téter et grandir

A lire toute la littérature (qu'elle soit médicale ou psychologique) parlant d'allaitement, il semblerait qu'il y ait un âge impératif pour le sevrage au-delà duquel continuer à allaiter serait au mieux inutile, au pire nuisible à l'enfant.
Les raisons invoquées pour cette limitation sont soit nutritionnelles (au-delà de tel âge, le lait maternel deviendrait inutile et/ou insuffisant) soit psychologiques (risque de fusion pathologique empêchant l'enfant de grandir).
La limite varie selon les auteurs (3 mois pour les uns, 6 mois pour les autres, 9 mois, voire 12 mois pour les plus audacieux...), mais toujours il semble y avoir une limite à ne dépasser sous aucun prétexte.

Et pourtant... On sait bien qu'autrefois, les enfants étaient allaités jusqu'à 2, 3 ou 4 ans. Dans beaucoup de cultures, ils pouvaient même continuer à avoir accès au sein jusqu'à un âge bien plus avancé : jusqu'à 12 ans, par exemple, dans les civilisations précolombiennes et chez les Esquimos.

Encore à l'heure actuelle, l'âge moyen du sevrage varie énormément selon les endroits. En Afrique, en Asie, en Amérique latine, même si malheureusement la fréquence et la durée de l'allaitement diminuent dramatiquement, il est toujours courant de voir des bambins de un ou deux ans téter le sein de leur mère. Même en Occident, des pays comme l'Australie ou la Suède se distinguent par une durée moyenne d'allaitement dépassant de loin les trois mois fatidiques qui sont la norme chez nous.

Pourquoi continuer ?
La réponse la plus simple à apporter à cette question, tient dans une autre question : pourquoi arrêter ? Et il est vrai que si l'on parle avec des mères allaitant ou ayant allaité des bambins, beaucoup disent que si elles ont continué à allaiter, c'est parce qu'elles ne voyaient pas vraiment de raison d'arrêter, et que cela s'est fait petit à petit, jour après jour, sans plan préétabli. Beaucoup même, la première fois qu'elles avaient vu un bambin téter (par exemple à une réunion de La Leche League), avaient été choquées et s'étaient dit que jamais elles ne feraient une chose pareille...
Au-delà de ce simple bon sens ("je continue parce que ni l'un ni l'autre, nous n'avons envie d'arrêter"), il est quand même bon d'avoir quelques arguments pour répondre aux interrogations de l'entourage et, parfois, à ses propres doutes.

Les avantages pour la santé de l'enfant
En fait la recherche médicale, quand elle s'intéresse au sujet, montre qu'il y a vraiment un intérêt nutritionnel à allaiter au-delà d'un an.

Contrairement à ce qu'on lit trop souvent, le lait maternel continue tout au long de l'allaitement à être pour l'enfant un aliment de premier choix, lui apportant protéines, graisses, calcium et vitamines.

Dans le Tiers-Monde, l'allaitment prolongé a souvent été accusé d'être la source d'un retard de croissance. Deux études récentes (l'une publiée par l'Orstom et portant sur l'observation durant sept ans de 4500 jeunes Sénégalais ; l'autre portant sur des enfants péruviens montrent que c'est l'inverse qui est vrai : ce n'est pas l'augmentation de la part prise par le lait maternel dans l'ali

1 vote. Moyenne 5.00 sur 5.

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Lilypie 1er anniversaire Ticker

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site